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DEFICIT D’INTERETS POUR LA CHOSE PUBLIQUE

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Anicette DANIEL

mardi 17 février 2009

DEFICIT D’INTERETS POUR LA CHOSE PUBLIQUE…………………..

La G rande A ssemblée des bavards joue avec les lois et les cartes vitales 1 , parle de franchises, 2 voudrait combler les trous de la sécu, légifère à la hâte comme on creuse des fossés pare-feux dans une forêt d’inégalités. On ne joue pas aux Lois comme on jouerait aux cartes dans un hôtel de passe ou un hôtel de luxe.

De la technocratie à la juricratie, nous voilà entraînés sur une voie rapide, policée et lisse. Nous bradons sans vergogne, sans peines et sans conscience l’intérêt général, notre bien commun, chiffres à l’appui, statistiques en main, le tout affilié au régime général de l’insécurité sociale. Les assurances prospèrent. Les dépenses publiques seraient donc si honteuses pour être désignées en coupables de la crise au point de les confier si vite aux intérêts privés?

Désormais l’obéissance prévaut sur la conscience, le formatage 3 sur l’éducation, l’image sur le texte, le profit sur l’investissement. L’argent sans la culture est sans doute bien plus dangereux qu’une culture sans argent.

Vider les écoles et remplir des prisons, remplir le présent et fermer l’avenir, nous voilà vivement invités à croire que nous pourrions tout faire à moindre frais, que nous ferions ainsi des économies et apporterions plus de sécurité à tous.

Telle serait donc la vraie nature d’un monde ‘décomplexé ‘ qui propose poliment quelques menus services aux grandes écuries en échange de détaxes sur la jouissance des biens et sur les héritiers, facturant la charge aux plus faibles, criant à l’injustice sur les déséquilibres, les yeux rivés sur leur balance comptable. Ceux-là font du contrat social une simple variable de réajustement, publient des énoncés de chiffres tenus pour vrais, font de savants calculs marqués du sceau de compassions courtoises que l’on appelle « la crise ».faisant taire ainsi toute contre verse possible. Les actions sociales se financeront, nous dit-on, en annexe sur les intérêts du prêt aux banques.

Devant de tells distorsions, les menaces d’orage et la colère grondent. L’argent n’y entend goutte et la crise est sourde. Quand la tempête se lève, nul ne sait où le vent va souffler pendant que les milliards volent au dessus de nos têtes sans priorités.

L’excès de cette bureaucratie déconnectée de toute forme de solidarité collective recherchée par nos anciens au sortir de la guerre quand les caisses étaient vides, pourrait bien défigurer à jamais la devise républicaine qui nous a permis de vivre ensemble. Aujourd’hui le seul grand pragmatisme règne en maître sur un Homme-marchandise. Homme- esclave de la science et de l’hyper gestion, livré aux démons de l’argent au service de l’argent, sur une humanité traitée comme un moyen et non plus comme une fin.

Les rapports sociaux, le corps social tout entier, non les corporatismes, croulent et s’écroulent sous une marée de réformes de la chose publique dont on ne sait plus bien si elle est reléguée au passé ou passée à la broyeuse des capitaux privés, s’il s’agit de piller ou de moderniser nos projets collectifs, nos projets humanistes d’un pacte républicain, projets ambitieux tels que l’ éducation , la santé , la justice , tous pressés comme des citrons pour en extraire une saveur sans jus, tous jetés au sort d’une politique du discrédit de leurs professionnels confrontés à une société sans projets partagés au bénéfice de tous, accessibles à tous

En balayant ainsi les leçons de l’histoire d’un revers de main, je crains fort que nous soyons contraints à rehausser sans fin murs et enclos pour les récalcitrants, les pauvres et les exclus qui seront fabriqués sans annoncer ni l’enjeu ni le coût, ni mesurer la violence du retour. La force des contraires n’annule pas les phénomènes dont on voudrait à tout prix se protéger, elle l’augmente.

Anicette DANIEL, éducatrice PJJ

1 Nom donné à la carte d’assuré social utilisée pour le remboursement des frais médicaux

2 Terme utilisé pour désigner la part des frais restant à la charge du client d’un contrat d’assurance

3 Science du comportementalisme

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Commentaires

déficit , le mot valise pour faire avaler des pilules

Les professionnels sont de plus en plus écrasés sous le poids de pressions,, voir d'intimidations, craintes lorsqu'ils doivent décider.
Pressions sociales grandissantes, eixgeances du risque zéro etc. jusq'à faire fléchir les libertés fondamentales dans ces conditions. Je ne peux que m'associer aux constats de ce texte.

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